John Meyer

Clara Lee et Timothy Wingate (étudiants des cycles supérieurs du programme I-O de l'University of Calgary) ont rencontré le Dr John Meyer et lui ont demandé de partager ses réalisations les plus mémorables , ses idées concernant l'avenir de la recherche sur l'engagement, ses conseils pour les étudiants et ce qu’il considère comme étant les caractéristiques d'un bon directeur de thèse.


 

Le nom de John Meyer est devenu synonyme de l'engagement dans le milieu de travail. Psychologue estimé de l'Université Western, un des programmes I-O les plus importants au Canada, les travaux de John Meyer ont influencés des centaines de chercheurs du monde entier. Dr Meyer a obtenu son diplôme d'études supérieures dans le domaine de la personnalité et de la mesure à la University of Western Ontario (maintenant Western University), sous la direction du Dr Susan Pepper. Jeune diplômé, le Dr Meyer a travaillé comme professeur adjoint à l'Université St. Thomas pendant trois ans, avant de revenir à Western en 1981.

Depuis plus de 25 ans, le Dr Meyer a développé, validé, et contextualisé le modèle à trois composantes de l'engagement organisationnel aux côtés de collègues comme Natalie Allen, également de Western. Le modèle à trois composantes aborde globalement les éléments de l'engagement normatif (obligation), affectif (goût), et le maintien (coûts de quitter), avec et entre les personnes, les lieux de travail et les cultures. Nous avons parlé au Dr Meyer par téléphone pour savoir ce qui l'excite le plus concernant le passé, le présent et l'avenir de son travail, ainsi que la psychologie industrielle et organisationnelle (et la psychologie) dans son ensemble. Ce faisant, nous avons obtenu quelques conseils pour les universitaires en herbe et sur ce qui constitue un bon chercheur et mentor. Nous les présentons ici, dans ses propres mots.

Quelles sont les réalisations passées en recherche dont vous êtes le plus fier?

Sans surprise, l'élaboration du modèle d'engagement est l'une des plus grandes réalisations de John, et il avait beaucoup de perspicacité à offrir sur le processus par lequel le modèle a vu le jour. Il expliqua:
Le tout a commencé quand je dirigeais ma première étudiante des cycles supérieurs, Natalie Allen, et qu'elle s'est intéressée à l'engagement. Nous avons eu un peu de mal à trouver une définition de départ et quand nous sommes tombés dans les écrits scientifiques, nous avons découvert que les gens en parlaient très différemment, en utilisant le terme de plusieurs façons différentes. La réalisation, le moment «eurêka» que nous avons eu, fut quand nous avons découvert quelques thèmes communs, ce qui nous a conduit à l'élaboration du modèle à trois composants et le développement des mesures.

Cependant, caractéristique de quelqu'un vraiment investi envers une idée, John décrit que sa fierté est surtout due au fait d'avoir été persévérant dans la poursuite du modèle malgré la critique universitaire.
... Nous avons pris ces critiques et les avons examinées nous nous sommes dit, que pouvons-nous faire pour modifier la théorie ou comment pouvons-nous contre argumenter? Nous avons persisté et fait des raffinements. La théorie a vraiment résisté à l'épreuve du temps, ce dont je suis fier. De plus, ceci m’a permis d’explorer maintes choses que je trouve intéressantes.

Comment pensez-vous que vos intérêts de recherche ont changé au fil des ans?

J'ai en fait concentré mon attention sur l'engagement pour une longue période de temps, et ça m'a permis d'avoir un point d'ancrage, puis de me déplacer dans des directions différentes. J'ai toujours poussé la chose et tout en me demandant comment je peux étendre ce thème dans d'autres domaines.

Engagement dans le monde entier

La mondialisation va certainement avoir un impact important sur la façon dont nous faisons de la psychologie I-O.

Nous avons développé ce modèle d'engagement – Je suis vraiment curieux de savoir s'il s'agit d'un construit essentiellement centré sur l'Amérique du Nord ou si nous avons trouvé quelque chose qui s'applique dans d'autres cultures ... les mesures que nous avons utilisées et le modèle que nous avons développé ont été appliqués dans le monde entier. Nous avons donc accès à ces données et les choses semblent se maintenir raisonnablement. Il y a suffisamment d'exceptions que cela est intéressant et ces exceptions soulèvent toujours de nouvelles questions. . De plus, qu'est-ce qui est différent d'autres cultures qui contribue à la façon dont les gens ressentent l'engagement et ses implications?
Comme les gens commencent à venir en Amérique du Nord.et que nos milieux de travail se diversifient, je pense que nous avons besoin d'avoir une meilleure compréhension de l'endroit d'où viennent les gens.

L'intégration de l'engagement et de la motivation

Lorsque nous avons commencé à travailler sur l'engagement, l'accent était principalement mis sur la rétention des employés, la performance au travail et les comportements de citoyenneté organisationnels et tous les aspects qui sont bons pour les organisations. . . C'était gratifiant de constater que les engagements qui semblent avoir les conséquences les plus positives pour les organisations sont aussi ceux qui sont le mieux pour les employés eux-mêmes.
Je me suis mis à réfléchir, "pourquoi les gens qui sont engagés affectivement envers leur organisations, tendent non seulement à y demeurer et y travailler dur, mais y croissent également sur le plan personnel ?" Selon la théorie de l'auto-détermination, il semble que c'est probablement dû au fait qu'être dans le genre de situation que crée ce type d'engagement répond aux besoins fondamentaux que nous avons, et il y a toutes sortes de preuves montrant que la satisfaction des besoins mène au bien-être.

La recherche centrée sur la personne

Nous avons toujours parlé du fait que si vous avez besoin de comprendre l'engagement des gens, vous avez besoin de comprendre dans quelle mesure ils ressentent tous les trois [types d'engagement]. . . J'ai commencé à travailler en regardant les profils d'engagement, et cela a ouvert beaucoup de portes. Vous pouvez consulter les différents profils d'engagement envers les organisations et les professions et les équipes et les superviseurs et… quand vous commencez à mettre [les types d'engagement] ensemble, vous commencez à réaliser que. . .les combinaisons sont plus que la somme de leurs parties.
L’approche centrée sur la personne ne remplace pas l'approche centrée sur les variables, mais je pense qu’elle a beaucoup d'applications et c’est une autre façon de voir les choses. [Si] vous mettez les deux ensemble, je pense que vous obtenez une image plus riche que si vous ne faites simplement qu'une ou l'autre.

Comment maintenez-vous un équilibre travail-vie?

Parce que je travaille effectivement de longues heures, et je pourrais travailler encore plus d'heures, une façon de me contrôler un peu est d'essayer de séparer la maison du bureau. Quand je rentre à la maison le soir et les fins de semaines, j'essaie de ne pas travailler autant que je le voudrais. J'essaie de séparer la maison et le travail, et si je dois travailler la fin de semaine, je viens au bureau pour seulement quelques heures et je fais ce que j'ai à faire.

Quels conseils donneriez-vous à ceux qui veulent se diriger en recherche ou entreprendre une carrière universitaire?

Vous devez aimer ça.

Je vois des étudiants qui viennent, des étudiants très brillants, qui éprouvent des difficultés. Ce n'est tout simplement pas leur truc. Cela ne veut pas dire qu'ils ne peuvent pas le faire… mais je pense que si vous voulez aller dans le milieu universitaire, vous devez avoir une véritable curiosité.
Quand je lis un article, que ce soit dans non domaine ou non, j'ai de la difficulté parfois à passer à travers de l'article, car il y a un million de questions qui me viennent à l'esprit. Je pense que vous devez avoir cette curiosité naturelle et le désir de vouloir savoir, et pour être en mesure de persister dans une direction de recherche... C'est un domaine compétitif et si vous voulez entrer dans le milieu universitaire, c'est un défi de longue haleine, et si vous allez dans le milieu universitaire ou dans n'importe quelle carrière, vous voulez être en mesure d'en profiter et obtenir un sentiment de satisfaction. Je pense que la curiosité naturelle, vouloir savoir, et être prêt à faire face aux défis qui se présentent... sont cruciaux.

Qu'est que les étudiants en psychologie d'aujourd'hui font de bien et de mal?

Une des choses que je vois les gens mal faire, ou du moins je pense que c'est le cas, et ce n'est pas que les étudiants: Lorsque l'accent est mis sur "ce que je dois faire pour publier dans les revues de niveau supérieur, obtenir un emploi, obtenir la permanence, et être promu professeur titulaire », et ainsi de suite, et je pense que c'est la mauvaise manière de voir les choses. Je ne dis pas que ce n’est pas une bonne chose de publier dans des revues de haut niveau, mais cela ne devrait pas être l'objectif - l'objectif devrait être de vouloir faire des recherches et de comprendre les choses et d'utiliser les meilleures méthodes pour le faire. Si vous faites cela, vous finissez par publier dans des revues de haut niveau. Ainsi, la recherche devrait entraîner la production, plutôt que la production entraîner la recherche.
Vous devez réaliser qu'il s'agit d'un marathon, pas un sprint, et vous devez bien faire les choses. La recherche doit être générée par un intérêt sous-jacent. Ce n'est pas un jeu qui se joue pour essayer de voir qui peut obtenir le plus de publications dans les dix meilleures revues, c'est d'avoir un intérêt pour la recherche et la science... et de laisser cela vous conduire.

Si vous n'étiez pas un psychologue, que pensez-vous que vous seriez?

Je serais probablement dans un autre domaine de la recherche. Je me vois dans les sciences physiques, par exemple. Peut-être dans la biologie ou dans la recherche médicale - je serais ravi de trouver un remède pour le cancer ou quelque chose, mais ce serait certainement à titre de chercheur.

Qui étaient vos plus grands mentors en psychologie? Qui vous a inspiré?

Dr. Susan Pepper était une diplômée de Stanford, et elle était relativement nouvelle au sein du corps professoral dans notre département...
Même si elle n'a jamais publié beaucoup, elle a eu un enthousiasme pour faire de la recherche et était une personne très patiente. Elle examinait mes manuscrits encore et encore, me donnait de la rétroaction, mais aussi me laissait de l’espace... Elle m'a vraiment inspiré, non seulement sur le plan de son enthousiasme pour la psychologie, mais aussi en ce qui a trait à me former à la recherche et à la façon de faire de la recherche de la bonne manière.

[Aussi], Douglas Jackson, qui a mis au point un grand nombre d'instruments pour mesurer la personnalité et l'intelligence… Je le trouvais vraiment intimidant parce qu'il était si intelligent et si sophistiqué au chapitre de la méthodologie qu'il utilisait... Grace au recul, je constate qu’il a vraiment façonné ma manière de penser aux construits et à comment les mesurer, comment ils vont ensemble. Il m’a aussi appris, ce que c'est que de la bonne recherche et il a donc été une autre influence majeure.

Et le mot de la fin?

Je pense que [la psychologie] I-O est un domaine vraiment génial où travailler. Je n'étais pas formé en psychologie I-O, mais chaque fois que je faisais quelque chose, j'étais toujours curieux de savoir quelles étaient les implications pratiques (la réponse à la question "et puis après?") et comment les résultats peuvent être utilisés. Quand j'ai été invité à revenir à Western, et qu'on m'a demandé si j'étais intéressé à enseigner quelques cours de psychologie I-O au baccalauréat, je ne savais même pas vraiment ce que c'était. Quand j'ai commencé à étudier la question, que j'ai commencé à l'enseigner et à travailler avec quelques autres ici, ce qui m'a vraiment plu était qu'on pouvait se poser des questions intéressantes et que les réponses avaient des conséquences pratiques importantes. C'est un domaine qui je crois est en croissance et qui a beaucoup de potentiel... pour quiconque est intéressé à faire de la recherche, ou à mettre en pratique ses résultats, je crois que c'est un grand domaine.